Isshin-ryū (一心流, « méthode d'un seul cœur » ou « style d'un seul cœur ») est un style de karate okinawaien officiellement établi en 1956 par Shimabuku Tatsuo (島袋龍夫). Plutôt qu'une préservation d'un système ancien et inchangé, il s'agit d'une synthèse délibérée : une combinaison sélective, une simplification et, dans certains cas, un rejet des méthodes antérieures. Les sources en langue japonaise (les archives okinawaiennes, les publications locales, les fragments d'histoires d'associations et les mémoires de dōjō) le présentent comme un développement moderne d'après-guerre qui a émergé d'influences antérieures mais a été clairement façonné par les propres décisions de son fondateur.
Fondateur et Influences
Shimabuku Tatsuo est né en 1908 à Okinawa, à une époque où le karate n'était pas encore l'exportation standardisée qu'il est devenu par la suite. Il a hérité de fragments, d'enseignants et de méthodes plutôt que d'un style unique et défini. Il s'est entraîné auprès de plusieurs enseignants, et les sources japonaises citent couramment Kyan Chōtoku (喜屋武朝徳) et Motobu Chōki (本部朝基), ainsi que des influences des traditions Naha-te (那覇手). Bien que ces sources s'accordent sur le tableau général, elles divergent quant à l'accent : certaines accordent plus de poids à l'influence de Kyan, tandis que d'autres soulignent la mentalité de combat pragmatique associée à Motobu.
Un seul cœur, une seule voie, innovation technique au service de l'efficacité pratique.

Un point constant dans la documentation japonaise est que Shimabuku n'a pas simplement hérité de ces traditions. Il les a modifiées, sélectionnées et remodelées, une approche que tout le monde à l'époque n'aurait pas considérée comme respectueuse.
Fondation
L'Isshin-ryū a été officiellement établi en 1956, une date qui apparaît de manière constante dans la documentation japonaise, bien que les circonstances exactes soient décrites comme moins clairement cérémonielles que ce que les récits ultérieurs suggèrent parfois. Il n'y a pas eu de moment fondateur dramatique unique ; l'établissement est mieux compris comme le point où le style a été distingué comme une entité propre. Le nom lui-même, lu à la lumière de ce que Shimabuku a réellement fait, fonctionne comme une déclaration d'intention soulignant la concentration, la franchise et l'élimination de ce qui n'est pas nécessaire.
Techniques et Caractéristiques
L'Isshin-ryū est délibérément sélectif plutôt que complet. Sa liste de kata est relativement compacte (Seisan (セイサン), Naihanchi (ナイハンチ), Wansū (ワンスー), Chintō (チントー), Kūsankū (クーサンクー) et Sanchin (サンチン)) tirée de différentes lignées, une curation qui est intentionnelle plutôt qu'accidentelle.
Une caractéristique distinctive et fréquemment débattue est le poing vertical, le tate-ken (縦拳). Les explications occidentales donnent souvent des raisons confiantes concernant la vitesse, l'alignement et l'efficacité, mais les sources japonaises sont beaucoup moins unanimes : certaines suggèrent une adaptation pratique, d'autres indiquent une influence de la manipulation des armes, et d'autres encore le présentent simplement comme le choix de Shimabuku sans élaboration. Les sources conservent ainsi une incertitude quant à son origine.
Diffusion d'Après-Guerre
Le contexte historique après la Seconde Guerre mondiale a façonné la trajectoire du style. Okinawa, à la fin des années 1940 et dans les années 1950, était un territoire occupé fortement influencé par la présence de l'armée américaine. Shimabuku a commencé à enseigner systématiquement aux militaires américains, et les sources japonaises confirment que, vers la fin des années 1950, l'enseignement sur les bases américaines (dans des lieux tels que Kadena, Kin et Futenma) est devenu un facteur majeur de la diffusion du style. Grâce aux étudiants qui l'ont emporté à l'étranger, l'Isshin-ryū est devenu un système exporté, et en conséquence, il s'est divisé en de multiples interprétations.
Succession et Continuité
Après la mort de Shimabuku en 1975, la direction est passée à son fils, Shimabuku Kichirō (島袋吉郎). Les archives organisationnelles japonaises confirment son rôle dans le maintien de la lignée à travers des associations telles que l'Isshin-ryū International Karate-dō Federation (一心流国際空手道連盟). La comparaison de différents récits japonais et okinawaiens révèle de subtiles divergences au sein du style, pas des contradictions dramatiques, mais suffisamment de variations pour montrer qu'il n'a jamais été aussi singulier ou statique que l'idée de « un style » le suggère.
Tradition et Évaluation
Que l'Isshin-ryū soit « traditionnel » dépend du sens du terme. Si traditionnel signifie préservé inchangé depuis la période du Royaume de Ryūkyū, alors il ne l'est pas, et les sources japonaises, lues attentivement, ne font pas cette affirmation. Elles placent l'Isshin-ryū fermement dans la période d'après-guerre, façonné par des influences antérieures mais clairement moderne dans sa formation. Il est mieux compris comme une synthèse et une réponse : un homme formé par de multiples enseignants qui a pris ce qu'il a trouvé efficace, a écarté ce qu'il ne l'était pas, et a construit un système reflétant sa propre compréhension du combat et de l'entraînement. Dans son contexte original, il était de caractère pragmatique et fonctionnel, conçu pour fonctionner plutôt que pour performer, et il est resté, en effet, une décision qui a continué d'évoluer.